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Wilfully Love - Chapitre 3

Lorsque Éloïse rejoignit son poste au service informatique, tous ses collègues la regardèrent avec suspicion. Ce fut Évelyne qui entama les vannes quand elle se rassit sur sa chaise.

— Je ne savais pas que tu étais si proche du boss.

Tout le monde pouffa en attendant la suite.

— Il semble rencontrer beaucoup de problèmes avec son ordinateur, en ce moment, répliqua Éloïse en faisant mine de ne pas comprendre les sous-entendus.

— C’était quoi le problème, cette fois ? questionna Marie qui voulait toujours être au courant des derniers potins.

— Il n’avait pas branché ses câbles, un classique, sourit Éloïse en se moquant gentiment de son PDG.

— Si ça se trouve, il a fait exprès de tout débrancher pour que tu viennes dans son bureau, suspecta Évelyne qui adorait amuser la galerie avec ce genre de suppositions.

Comme prévu, tout le monde s’esclaffa.

Si Éloïse avait su que c’était la vérité, elle aurait peut-être moins ri mais, pour l’heure, elle n’en savait rien, alors elle balaya cette idée improbable. Même lorsqu’elle avait entendu la garce sans cœur faire des allusions douteuses, elle n’avait pas compris. Après tout, pourquoi un PDG comme Christian s’intéresserait à elle ?

Ce fut à ce moment-là que leur manager entra dans l’open space, mais les rires ne s’arrêtèrent pas pour autant.

— On a planqué nos friandises ! l’attaqua avec humour Marion. Pas la peine d’essayer de nous dévaliser, on ne lâchera rien !

— En plus, on a du nougat de Montélimar et il est divin, renchérit Kelly pour le taquiner un peu.

— Vous plaisantez ! s’offusqua Mathieu avec un sourire en coin.

— C’est moi qui l’ai ramené, capitula Marie.

Elle sortit le paquet de son tiroir et fit la distribution à tout le monde.

— J’en ai bien besoin après toutes les merdes qui me tombent dessus, soupira Mathieu avec fatalité.

Malgré l'air abattu de leur responsable, l'équipe savait bien qu'il trouverait les bonnes solutions après cette pause bien méritée. Parfois, Mathieu leur racontait les problèmes auxquels il faisait face et, la plupart du temps, c’était à cause des procédures inadaptées entre les différents services.

Éloïse ne put s’empêcher de penser que Christian semblait implacable dans son travail et demandait des objectifs difficiles à atteindre. Paradoxalement, il avait l'air de se faire marcher sur les pieds par Jessica. Certaines rumeurs disaient qu’il n’avait aucune autorité sur elle parce qu’ils couchaient ensemble. Pourtant, il était de notoriété publique que Jessica était en couple avec son collègue Martin. Éloïse n’aimait pas les bruits de couloirs et préférait se faire sa propre idée sur les gens. Mais, cette fois, elle ne savait pas quoi penser de tout ça.

En même temps, ça ne la regardait pas et elle avait d’autres choses à gérer, comme son petit frère de 18 ans dont elle s’occupait depuis la mort de leur mère et l’abandon de leur père, dix ans auparavant.

À l’époque, elle venait tout juste d’avoir son bac et elle se retrouvait pratiquement à la rue avec un enfant à charge. Ça avait été un vrai cauchemar ! Mais cette situation l’avait obligée à se dépasser pour trouver un revenu, afin de déménager dans un studio, tout en continuant ses études par correspondance. Alors, elle s’était naturellement tournée vers un travail qui pouvait s’effectuer à distance, comme l’informatique. Elle était très douée en codage et en dépannage, et les offres ne manquaient pas dans ce domaine. Les entreprises acceptaient toutes de négocier leurs conditions vu le peu de personnes qualifiées sur le marché.

Durant ces dix dernières années, elle avait mis sa vie de côté. Elle s'était concentrée essentiellement sur son travail et l’éducation de son petit frère, qui grandissait à une vitesse folle, mais qui était de plus en plus mignon et protecteur avec elle. Ils se serraient les coudes et se vouaient une confiance aveugle. Ils étaient aussi très complices.

À par lui, elle n'avait pratiquement pas d'amis. Même si elle adorait ses collègues, elle les voyait rarement en dehors du boulot et, quand c’était le cas, elles parlaient un peu trop du boulot justement. Mais peut-être que cela changerait par la suite. Maintenant que Toni était plus grand, elle pouvait enfin se concentrer sur ses projets personnels.

D’ailleurs, sa vie amoureuse était inexistante aussi. Elle n’avait jamais eu la tête à sortir avec quelqu’un. Sa situation était bien trop compliquée. Et comment expliquer à un jeune de 20 ans qu’elle avait un enfant à charge ? Alors, elle avait laissé ce côté de sa vie jusqu’à maintenant.

Bien sûr, il lui arrivait d’avoir des histoires sans lendemain, mais ça ne lui apportait plus autant de satisfaction qu’avant. Elle commençait à en avoir assez de tous ces hommes interchangeables. Désormais, elle recherchait plus de profondeur.

Aujourd’hui, le studio était devenu un peu étroit, mais avec un seul salaire pour deux, c’était compliqué. Avec de la chance, dans deux ou trois ans, ils pourraient déménager et trouver un appartement plus grand pour avoir chacun leur intimité.


Lorsque Éloïse rentra dans son studio, elle défit ses baskets pour mettre ses chaussons, puis se rendit dans la pièce principale à la recherche de son frère. Quand elle le vit, elle se figea. Toni était en train d’embrasser une fille à pleine bouche sur leur canapé. Elle tenta de se ressaisir, ferma les yeux sans faire de bruit. Elle devait partir pour lui laisser de l’espace, même si elle ne savait pas où aller…

Malheureusement, Toni se rendit compte de sa présence au moment où elle prenait la fuite.

— Éloïse ? Tu ne devais pas rentrer à 17 h 30 ? s’étonna son frère, confus.

Elle se tourna de nouveau vers lui, le malaise de cette situation lui faisant rosir les joues.

— Il est 17 h 30…, marmonna-t-elle, gênée. Mais ne t’en fais pas, je vais aller boire un verre avec une copine.

— C’est qui ? chuchota la magnifique brune au teint mat à côté de lui, alors que ses jambes étaient toujours entremêlées à celles de son frère.

— C’est ma sœur, répondit-il enfin.

La brune la salua timidement.

— Désolé, je n’ai pas vu l’heure passer…

— C’est pas grave, profitez. Je vais sortir, insista Éloïse.

Elle se précipita vers la porte, remettant ses chaussures aussi vite que possible. Elle ne voulait pas que son frère soit privé des joies des premiers amours et elle ferait tout son possible pour qu’il appréhende cette période de sa vie de la plus normale des façons.

Pour passer le temps, elle se promena dans une galerie commerciale, admirant tous les vêtements coûteux qui lui faisaient envie et en profita pour faire quelques courses pour le dîner.

*****

Après un lundi chaotique à ne cesser de penser à Éloïse dès qu’il avait quelques minutes de libres, Christian ne savait plus quoi faire pour aller la voir sans que cela ne paraisse suspect. En ce mardi matin, il n’arrivait pas à se concentrer sur son travail. Dès qu’il regardait son ordinateur, il pensait à elle et à ce qu’il pourrait casser pour la faire venir dans son bureau. C’était pathétique et pas du tout déontologique. Mais comment en était-il arrivé là ? Il ne l’avait vue que deux fois et n’avait échangé que deux coups de téléphone avec elle.

Pathétique…

N’y tenant plus, il fit une chose qu’il n’avait encore jamais faite. Il appela Kevin pour lui demander conseil.

Pendant que la sonnerie résonnait, Christian tapotait son bureau du bout des doigts. Il savait que Kevin n’était pas réveillé à cette heure-ci, mais il ne pouvait pas attendre. Il avait besoin d’un garde-fou et, pour le moment, Kevin était la meilleure option. Hors de question qu’il se confie à Jessica. Qui savait ce qu’elle irait raconter aux autres…

Lorsque la sonnerie retentit dans le vide pour la troisième fois consécutive, il recommença, harcelant sans vergogne son meilleur ami.

— Putain, j’espère que c’est grave, ronchonna une voix ensommeillée à l’autre bout du téléphone.

— C’est à propos d’une fille.

Il y eut un énorme blanc, suivi d’un bruit de quelque chose qui tombe, se casse, puis la voix de Kevin bien réveillée ensuite.

— Répète ?

Christian ferma les yeux, un peu honteux d’aborder ce sujet qu’il avait tant banni par le passé.

— C’est une fille du service informatique.

— Continue, l’encouragea Kevin, curieux d’en savoir davantage.

— Elle… me fait bégayer et je n’arrête pas de penser à elle. J’ai tout le temps envie d’aller la voir, mais je n’ai pas vraiment le droit.

À sa grande surprise, Kevin explosa de rire.

— Est-ce que j’ai dit quelque chose de drôle ?! se renfrogna Christian, vexé. En plus, Jessica a dit que j’étais canon et qu’elle ne comprenait pas pourquoi je la repoussais tout le temps.

Le rire de Kevin s’arrêta net.

— Putain, c’est quoi ces conneries !!! hurla-t-il soudain, plus jaloux que d’habitude.

— Tu crois que c’est vrai ?

— J’espère que tu déconnes, mec…, marmonna Kevin d’une voix douloureuse.

Christian soupira.

— Elle ne m’intéresse pas, le rassura Christian, mais… Tu crois que je suis vraiment canon ? Je veux dire… depuis le lycée où toutes les nanas nous montraient du doigt en nous traitant de ringards et j’en passe, qu’est-ce qui a changé ?

— Pourquoi Jessica t’a dit ça ? Et depuis quand est-ce qu’elle te drague ? Je croyais qu’elle était amoureuse de Martin !

— Mince, je n’aurais pas dû te parler de ça, je pensais que tu avais tourné la page…

— Réponds à ma question, lui ordonna Kevin avec autorité.

— Elle ne me drague pas. Du moins, si elle l’a fait, je ne m’en suis jamais aperçu…

Kevin soupira avec fatalité.

— Elle est toujours avec Martin, le rassura Christian.

Il y eut un nouveau silence.

— Qu’est-ce qui a changé, Kevin ? répéta Christian qui ne comprenait pas vraiment les paroles de Jessica. Du reste, Jessica a sûrement dit ça pour me faire plaisir. Enfin, j’imagine…

— Elle dit toujours ce qu’elle pense, grinça Kevin. Et ce qui a changé, c’est peut-être ton corps d’athlète, ton fric et tes costumes chics.

— Elle m’a dit à peu près la même chose…, marmonna Christian, qui avait encore du mal à accepter la réalité.

— Jessica aime le fric, les hommes musclés et dans la trentaine. Tu coches toutes les cases, ronchonna Kevin, alors que les mots lui arrachaient la gorge.

Christian déglutit.

— D’accord, j’ai compris. Mais elle ne m’intéresse pas. Je suis désolé, mais elle est vraiment trop chiante et je ne touche pas aux femmes engagées dans une relation.

— Ça veut dire que cette fille de l’informatique est célibataire ?

— Je… Je n’en sais rien. Cette question ne m’a même pas traversé l’esprit. Si elle est en couple, qu’est-ce que je vais faire ? se lamenta Christian.

— Eh bien, je suis désolé de te dire ça, mais je crois que tu devrais plutôt demander des conseils à Jessica. Elle est experte dans ce domaine. Elle est peut-être chiante, mais c’est une bonne entremetteuse.

— Ce n’est pas vraiment ce que j’avais envie d’entendre, mais bon... Je vais y réfléchir…, répondit Christian, un peu contrarié.

Et il raccrocha. Cette conversation ne l’avait pas beaucoup aidé et il n’avait vraiment pas envie de parler de son béguin à Jessica. Elle était trop impulsive et imprévisible. Il n’y avait qu’à voir comment elle l’avait humilié devant Éloïse en faisant remarquer qu’il bégayait.

Quelle garce !

Puis quelqu’un frappa discrètement à la porte de son bureau. Avec un espoir irraisonné, Christian se leva et se hâta d'ouvrir, mais il découvrit Babeth avec déception. Il aurait tellement aimé que ce soit Éloïse, même si elle n’avait absolument aucune raison de venir le voir...

— Monsieur Peterson, je voulais savoir si vous étiez disponible. Comme vous n’avez pas de rendez-vous dans votre agenda, j’ai pensé que c’était le bon moment pour vous interrompre.

Son ton était un peu timide et enjoué à la fois. Christian fronça les sourcils, attendant la suite.

— Qu’est-ce qu’il y a, Babeth ? Vous avez un problème ? J’espère que Jessica n’a pas encore fait des siennes, sinon…

— Non, non, pas du tout, le coupa Babeth en sortant la bouteille de champagne de derrière son dos. C’est pour mon pot de départ à la retraite. Je pensais qu’on pourrait peut-être trinquer ensemble avant que je parte.

— Oh, mais, oui, avec grand plaisir. Venez, entrez, l’invita Christian avec un sourire triste. Vous allez me manquer, Babeth…

Babeth alla chercher deux flutes et rapporta un plat de toast au saumon. Ils s’installèrent côte à côte autour de la petite table ronde, près du bureau, et Christian entama la bouteille avant de servir les verres.

— Vous m’avez gâté, Babeth, et je n’ai rien préparé pour vous… Je suis vraiment désolé.

— Ce n’est rien, Monsieur Peterson, je sais que vous ne pouvez pas vous rappeler de tout, c’est pour ça que je suis là.

Il lui sourit en levant sa coupe pour trinquer.

— C’est exact. Vous partez quand, déjà ?

Babeth baissa les yeux.

— Je pars ce soir, Monsieur.

Il ouvrit de grands yeux, estomaqué.

— Oh… J’avais totalement oublié. Est-ce que votre remplaçante arrive demain ? s’inquiéta-t-il.

— Normalement, oui. Elle s’appelle Elizabeth. Elle est très gentille et professionnelle, mais elle est encore jeune. Elle doit avoir à peu près votre âge.

Christian hocha la tête, en espérant que sa nouvelle secrétaire ne serait pas aussi insolente que Jessica.

— Merci, Babeth, pour ces 10 ans de service à mes côtés. Faites-moi penser à vous envoyer des fleurs et un cadeau.

— Très bien, Monsieur. Et merci pour tout. Vous êtes un PDG hors pair.

Ils grignotèrent et sirotèrent leur apéritif pendant une bonne demi-heure, discutant avec bonne humeur et se racontant quelques anecdotes rigolotes.


Lorsque Christian reprit son travail et qu’il ralluma son PC, ce dernier ne démarra pas. Contre toute attente, son cœur bondit dans sa poitrine à l’idée d’appeler Éloïse, qui lui avait donné sa ligne directe quelques jours plus tôt. Puis, il se figea.

Bon sang ! Mais qu’est-ce qu’il lui prenait ? Pourquoi réagissait-il comme ça ? C’était tellement inhabituel qu’il crut un instant qu’il était souffrant. Il mit quelques minutes à retrouver une respiration normale, malgré les pulsations de son cœur toujours un peu trop rapide à son goût. Avec une certaine impatience, il décrocha son téléphone, espérant qu’elle lui répondrait, puisque la plupart des personnes travaillant ici n’utilisaient plus leur combiné, mais passaient toutes par un logiciel de messagerie instantanée professionnel.

Pendant qu’il entendait la tonalité, son cœur s’emballa de plus belle et une bouffée de chaleur l’envahit. Il se sentait fébrile tout à coup et se demanda s’il ne couvait pas quelque chose, comme la grippe ou… le Covid.

— Éloïse Goldammer, service informatique, que puis-je faire pour vous aider, Monsieur Peterson ?

En entendant la voix d’Éloïse, douce et chaleureuse, le malaise de Christian augmenta et il perdit tous ses moyens. Le pire c’était qu’elle savait que c’était lui à l’autre bout du fil. Il n’avait pas anticipé ce point. Même s’il le savait, il ne s’en était pas souvenu et ça l’avait pris au dépourvu.

— Monsieur Peterson ? Est-ce que vous m’entendez ?

— Heu… oui, je…, bégaya-t-il avant de se racler la gorge. Mon PC ne s’allume plus.

— Est-ce que vous avez essayé de brancher le chargeur avant de l’allumer ? Il n’a peut-être plus de batterie, ça arrive parfois.

Christian déglutit, priant pour que son PC soit hors service, bien qu’il ait des documents extrêmement importants sur son bureau. Bien sûr, il savait qu’il fallait tout mettre sur le réseau, mais c’était bien plus pratique d’enregistrer tous ses fichiers en local.

Encore une fois, il se trouva pathétique…

Avec appréhension, il brancha son chargeur, attendit quelques secondes, puis pressa de nouveau la touche Power. Et le miracle se produisit, l’écran s’alluma et Windows chargea normalement une fois qu’il eut entré son mot de passe.

La déception lui comprima la poitrine.

— C’était bien ça, dit-il avec amertume. Tout semble fonctionner correctement. Merci pour tout, Éloïse.

Cette fois, il était tellement en colère contre lui-même qu’il articula parfaitement chaque mot.

— À votre service, Monsieur Peterson. Passez une bonne journée.

— Merci, de même.

Et ils raccrochèrent. Pourtant, Christian n’arrivait toujours pas à se concentrer sur son travail. L’envie de voir Éloïse, qu’il savait dans le même bâtiment que lui, était trop forte. Kevin ne l’avait pas aidé dans cette histoire et il ne savait pas si en parler à Jessica était une bonne idée. Mais est-ce que se confier à elle serait pire que d’aller voir Éloïse avec des prétextes louches et bidon ? Entre les deux, le moindre mal restait quand même Jessica. Enfin, si tant est qu’elle tienne sa langue.

Justement, quand on parlait du loup…

La furie blonde entra en trombe dans son bureau et, pour une fois, Babeth ne tenta même pas de l’arrêter. Sans doute parce que c’était son dernier jour de travail.

— Christian ! Je viens d’apprendre qu’une nouvelle secrétaire arrive demain ?! s’écria-t-elle.

Christian plissa les yeux en la fixant. Il ne comprenait pas où elle voulait en venir.

— Oui, et alors ? Ça devrait te faire plaisir puisque tu ne supportes pas Babeth…

— Mais… Il paraît qu’elle est jeune, elle est probablement sublime et…

— Jessica…, soupira Christian en se pinçant l’arête du nez. Arrête avec tes sautes d’humeur. Tant qu’elle est aussi compétente que Babeth et qu’elle n’est pas aussi chiante que toi, tout ira bien.

— PARDON ?! hurla Jessica, hors d’elle. Je ne suis pas chiante !

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