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Working Love - Chapitre 3

Martin commença à reprendre conscience, sentant quelque chose de lourd et d’inconfortable au niveau du ventre. Il ouvrit difficilement les yeux pour découvrir un homme penché sur lui. Martin regarda autour de lui et remarqua qu’il était dans un endroit qui ressemblait à une chambre d’hôpital.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il sans comprendre.

— Détendez-vous. Le travail a commencé. Vous êtes presque à dix centimètres. La péridurale a stoppé la douleur, tout ça sera bientôt terminé, annonça le médecin d’une voix rassurante.

La tête de cet homme lui disait vaguement quelque chose, mais Martin était dans un tel état qu’il n’arrivait pas à se rappeler d’où il le connaissait.

— Qu’est-ce que vous racontez ? s’énerva Martin en tentant de se relever.

Son faux ventre l’empêcha de faire le moindre mouvement et son bras gauche fut retenu par le tuyau qui y était accroché.

— C’est quoi ce bordel !! hurla-t-il en palpant le gros ventre.

— C’est normal que vous ne sentiez rien, c’est à cause de la péridurale, ajouta le médecin.

Martin commença à paniquer, surtout lorsque le ventre se mit à bouger sous ses doigts.

— Putain ! Qu’est-ce que c’est ??? Enlevez-moi ce truc, bordel !!! hurla-t-il.

— C’est simplement votre bébé, calmez-vous. Maintenant, il faut pousser pour le faire sortir.

Martin regarda encore une fois autour de lui, il était en panique totale et il ne savait plus quoi faire.

— C’est bien, continuez ! l’encouragea le médecin qui s’était placé entre ses jambes.

Martin n’avait pas eu le temps de remarquer que ses pieds étaient dans des étriers prévus à cet effet. En réalité, la scène dura à peine quelques minutes, mais Martin eut l’impression que cela durait des heures… Il continuait à hurler et à jurer en essayant de s’enfuir, mais il n’y arrivait pas.

— C’est une petite fille, continua le médecin en portant un truc recouvert d’une substance gluante jusqu’à lui.

Un truc qui ressemblait à un bébé et qui bougeait dans tous les sens.

— Virez-moi cette saloperie !! hurla Martin, hystérique.


Jessica qui observait la scène de l’autre côté de la pièce demanda à sa cousine d’arrêter sa plaisanterie. Cela était vraiment trop bizarre. Charline soupira, puis rejoignit Martin dans la fausse chambre d’hôpital.

— Alors, tu as compris la leçon ? demanda Charline en arrivant à hauteur de Martin.

— Quoi ? Mais vous êtes qui au juste ? Quelle leçon ?

— Que les femmes ne sont pas inférieures aux hommes et qu’elles méritent le respect ! s’exclama Charline.

— Vous êtes cinglée !! hurla Martin.

— Je suis au courant, répliqua Charline en laissant échapper un petit rire.

— Vous êtes une psychopathe ? s’inquiéta Martin.

— C’est bon Charline ? demanda l’acteur qui tenait toujours l’animatronics de bébé dans les mains.

— Oui, merci Tony.

— Où est-ce que je pose le « bébé » ? continua l’acteur.

Charline lui fit signe de le laisser sur un des meubles à côté du lit et Martin faillit péter les plombs en voyant la chose couverte de morceaux gluants continuer à bouger.

— Vous allez me découper en morceau ? paniqua Martin.

Charline soupira et Tony lui adressa un petit sourire en coin avant de s’en aller.

— On est dans un studio d’effets spéciaux, alors calme-toi. Tu avais besoin d’une bonne leçon après tout ce que tu as fait subir à ma cousine.

Martin ne comprit pas tout de suite ce qu’elle lui disait et quand Charline s’approcha de lui pour retirer le faux ventre, il lâcha un gémissement pathétique.

— C’est juste du maquillage et du silicone, détends-toi.

— Me détendre !!!! hurla Martin qui repoussa Charline d’un geste brusque. Vous vous rendez compte de ce que vous venez de me faire, au moins ???

Charline recula.

— Jessica ? Ramène-toi, vite !! cria Charline, qui ne savait pas trop comment gérer Martin, avant de réaliser ce qu’elle venait de faire.

Martin se figea.

En voyant la réaction de Martin à l’écran, Jessica comprit qu’il était inutile de se cacher. Charline venait de la vendre sans scrupule ! Alors, elle rejoignit son collègue et sa cousine d’un pas raide. Elle franchit le box en essayant de garder une contenance.

— Tu l’as bien mérité ! commença Jessica en croisant les yeux noisette de Martin.

Ce dernier sentit son cœur se broyer. Il avait eu faux sur toute la ligne.

— C’est toi qui as manigancé tout ça ? s’étonna Martin.

La déception dans la voix de ce dernier chamboula un peu Jessica.

— En réalité, c’est Charline. Mais tu t’es comporté comme un vrai crétin et ça fait des mois que ça dure, Martin ! J’ai fini par péter les plombs…

Il y eut un silence de plusieurs secondes pendant que Martin accusait le coup. Puis il réalisa qu’il devait lui dire la vérité. Toute sa colère se dissipa. Charline en profita pour ranger un peu et pour nettoyer son faux bébé, alors que Jessica et Martin continuaient de se fixer. Une tension palpable régnait dans la pièce.

— Si j’ai fait tout ça… c’était pour attirer ton attention…, bredouilla Martin. Tu me plaisais… et je ne savais pas comment faire…

Jessica se figea pendant plusieurs secondes, bouche bée.

— Qu’est-ce que tu as dit ? demanda-t-elle enfin.

La honte paralysa soudain Martin et il baissa les yeux en sentant ses joues virer au rouge.

— J’ai écouté les conseils débiles de Lisandro pendant ces six derniers mois parce que je ne savais pas comment t’inviter à sortir… Mais je ne suis pas comme ça, d’habitude…

— Quoi… ? lâche-t-elle en s’étranglant presque. Tu as des vues sur moi ?

Le ventre de Martin se noua de plus belle et son cœur se serra. La tristesse l’envahit. Maintenant, il n’avait plus aucune chance avec Jessica.

— Oui…, murmura-t-il.

Cette révélation était un véritable choc pour Jessica. Elle ne savait pas vraiment comment réagir. Tout ça, c’était de la faute de Charline… Néanmoins, elle se sentait quand même coupable. Pendant tout ce temps, elle avait cru que Martin était un abruti fini.

— Je suis désolée…, s’excusa-t-elle confuse. J’ai cru… enfin, tu m’as tellement énervée avec ces blagues vaseuses et ton comportement de gros con…

— Lisandro m’avait affirmé que c’était en train de marcher… Mais ce n’est pas le meilleur dans ce domaine, apparemment…

Il y eut un moment de silence gênant, durant lequel ils s’évaluèrent du regard.

— C’est bon, maintenant ? s’interposa Charline. Je peux récupérer mon matos ?

Martin avait presque oublié qu’on l’avait affublé d’un ventre de femme enceinte et qu’il était dans une réplique de chambre d’hôpital. Il acquiesça simplement en regardant Charline s’approcher.

Cette dernière arracha le silicone collé sur sa peau et cela le fit grimacer.

— Tu ne méritais pas ça…, murmura Jessica en regardant faire sa cousine. C’est Charline qui m’a entraînée là-dedans…

— Eh ! Arrête un peu, répliqua Charline. Je ne t’ai pas forcée ! Ce type te rendait dingue.

Martin ne perdit pas une miette de leur conversation et Jessica le surprit en train de l’observer. Cela la mit encore plus mal à l’aise. Elle se résigna néanmoins et prit une grande inspiration.

— Comment je pourrais me faire pardonner ? finit-elle par demander.

— Comment vous avez fait ? enchaîna Martin, toujours un peu sous le choc.

Il n’avait pas l’habitude de se faire entraîner dans ce genre de situation…

Charline termina enfin de détacher le faux ventre, révélant celui parfaitement musclé de Martin. Chose que Jessica ne parvint pas à ignorer.

— Tu vois ? intervint Charline en voyant le regard de Jessica. Je ne t’avais pas menti.

Et sa cousine lui adressa un clin d’œil complice qui fit froncer les sourcils de Jessica. Cette dernière lui fit signe de se taire.

— Je t’ai drogué avec un petit somnifère, confessa Jessica à mi-voix.

Elle se racla la gorge, sans réussir à le regarder.

— Ensuite, j’ai fait croire à tout le monde que tu avais eu un malaise et Charline a envoyé deux gars pour jouer les infirmiers et te transporter ici.

Elle se tortilla les doigts avec anxiété, sans oser relever les yeux vers lui. Elle n’avait jamais pensé que tout ceci se finirait comme ça.

— C’est Charline qui a tout organisé…

— La vache, c’est super brillant et vraiment flippant, lâcha Martin.

— Merci, intervint Charline en remballant toutes ses affaires.

— Tu trouves ? reprit Jessica d’une toute petite voix.

Charline quitta le box avec ses accessoires de cinéma, les laissant seuls quelques minutes.

— Ouais… Enfin… ça n’empêche pas que ta cousine est complètement cinglée et j’ai vraiment flippé… Mais tu m’as impressionné.

Martin se mit en position assise et reboutonna sa chemise pour se rhabiller. Jessica ne put s’empêcher d’observer ce ventre parfaitement plat et musclé.

— Donc, tu ne vas pas porter plainte ? s’inquiéta Jessica.

Un autre silence gênant s’installa entre eux. Ils se fixèrent un instant, tandis que Martin réfléchissait à toutes ses options.

— On pourrait dîner ensemble un de ces soirs…, commença-t-il hésitant. Comme ça, on serait quittes.

Il haussa les épaules en désespoir de cause, mais Jessica répliqua immédiatement :

— Je ne sortirai pas avec toi ! assena-t-elle d’un ton cassant.

Certes, elle venait de faire quelque chose d’horrible à son collègue, mais les affreux six mois qu’elle avait passés en sa compagnie ne s’effaceraient pas du jour au lendemain.

— OK…, balbutia Martin en sentant de nouveau son cœur se comprimer.

Il accusa le coup, alors que la colère se mêlait à la déception. Ils se fixèrent encore un instant dans un silence pesant. Jessica était toujours rongée par la culpabilité et l’expression de Martin la fit capituler.

— D’accord… va pour un dîner, accepta-t-elle finalement.

Le corps de Martin se détendit d’un coup et ses joues se teintèrent de nouveau de rouge. Il mit du temps à reprendre la parole.

— Demain soir ? proposa-t-il avec angoisse.

Il savait qu’il devait fixer une date maintenant, au risque de perdre sa chance. À son grand soulagement, Jessica hocha la tête en le dévisageant bizarrement.

— Alors… tu ne m’en veux pas ? s’étonna-t-elle.

— Si, mais tu m’as demandé ce que tu pouvais faire pour te faire pardonner, dit-il avec anxiété.

Jessica n’ajouta rien et c’est à ce moment-là que Charline revint dans le box.

— Vous êtes encore là ? rouspéta-t-elle. Allez, tirez-vous maintenant, j’ai plein de boulot et on commence un tournage dans 1h !

— Ça va, ronchonna Jessica. Tu pourrais au moins me remercier de t’avoir permis de faire ta petite expérience.

— C’était cool, merci, Jess. Allez, à plus !La sortie, c’est par là, continua Charline en pressant Jessica et Martin vers l’allée principale.

Ils sortirent tous deux de l’immeuble puis se séparèrent pour rentrer chacun chez eux. Néanmoins, Jessica avait du mal à croire ce que Martin lui avait confessé. Il se moquait d’elle, elle en avait la certitude. Il devait sûrement élaborer un plan pour se venger.


Le lendemain, Martin et Jessica n’échangèrent pas un mot, se contentant de vaquer à leurs tâches respectives toute la journée. Jessica ressentait toujours cette culpabilité qui lui vrillait les entrailles. Elle espérait que Martin oublierait l’épisode de « l’accouchement » rapidement. Ce dernier, quant à lui, ne savait toujours pas comment se comporter avec sa collègue. Il vérifiait constamment sa montre, comptant les heures qui le séparaient de la fin de journée. Il était pressé d’emmener dîner Jessica malgré la façon dont elle l’avait rabroué au moment de l’invitation. Et l’ambiance tendue qui régnait le faisait encore plus douter de lui.

Lorsque l’heure de partir arriva enfin, Martin hésita un instant avant de s’adresser à Jessica. Il se racla la gorge plusieurs fois pour attirer son attention.

— Est-ce que… ça tient toujours pour ce soir ? demanda-t-il d’une voix mal assurée.

Jessica croisa enfin son regard et avisa la couleur rouge écarlate du visage de Martin.

— Heu… oui, bien sûr, confirma-t-elle, mal à l’aise en recommençant à ranger ses affaires.

— Alors… comment on s’organise ? demanda fébrilement Martin. On pourrait se retrouver vers 19h…

Jessica stoppa ce qu’elle était en train de faire pour relever de nouveau les yeux vers lui.

— Tu n’as qu’à me donner l’adresse et je te retrouverai là-bas, répondit-elle simplement.

Martin acquiesça puis griffonna quelque chose sur un papier, avant de le lui apporter.

— Voilà… il y a aussi mon numéro, au cas où…

— Merci.

Elle prit le papier sans même le regarder.

— Bon, à tout à l’heure, alors…, marmonna Martin en se dirigeant vers la sortie, la boule au ventre.

Jessica lui fit un bref signe de main en l’ignorant à moitié.

Bon sang ! Pourquoi ai-je accepté de sortir avec lui ?! se demanda-t-elle.

Pour te faire pardonner de lui avoir infligé un accouchement, répondit la petite voix dans sa tête.

Et Jessica grogna de frustration. Elle n’avait aucune envie de sortir dîner avec ce type. À coup sûr, elle s’ennuierait à mourir.

De retour chez elle, Jessica commença à ressentir le trac de ce premier rendez-vous. Certes, Martin ne l’intéressait pas,mais le fait de le voir en dehors du bureau, dans un cadre non professionnel, la mettait vraiment mal à l’aise.

Son ventre était noué à l’extrême, ses mains étaient moites et elle n’arrivait pas à tenir en place. Pire encore, elle ne savait pas du tout ce qu’elle allait porter. Lorsque cette pensée lui traversa l’esprit, elle se précipita dans sa chambre et ouvrit son armoire à la volée. Elle entreprit ensuite de fouiller dans toutes ses affaires, jetant une par une ses tenues sur le lit.

— Oh, bon sang ! Je n’ai rien à me mettre, pesta-t-elle, alors qu’une montagne de vêtements gisait sur son lit.

Jessica passa un long moment à réfléchir en fixant ses affaires. Puis, elle finit par opter pour un jean slim noir et un petit top gris métallisé. Il fallait qu’elle soit présentable sans en faire des tonnes. Si elle avait des doutes sur les révélations de Martin, elle ne voulait pas l’encourager.

Elle avisa ensuite sa montre : 18h30.

Bon sang ! Il lui restait à peine trente minutes pour prendre sa douche, se maquiller, se coiffer et s’habiller.

Elle se rua dans la salle de bains et fit son possible pour être prête à l’heure. Ce n’était pas pour Martin, c’était juste parce qu’elle détestait être en retard.


Martin tourna en rond dans son salon, espérant que les minutes passeraient plus vite que d’ordinaire. En effet, il était tellement impatient de retrouver Jessica dans un contexte autre que professionnel qu’il était prêt bien avant l’heure. Il s’était imaginé ce moment depuis des mois, mais il n’avait jamais pensé que cela se réaliserait un jour.

Il aurait pu se rendre directement au pub, mais attendre une heure là-bas, en scrutant toutes les personnes qui entraient, le rendrait dingue. En faisant les cent pas, l’angoisse l’étreignit un peu plus à chaque minute. À tel point qu’il sua à grosses gouttes et que sa chemise se tacha bientôt d’auréoles sous les bras.

— Eh, merde ! jura-t-il.

Martin décida de reprendre une douche et de mettre une bonne dose de déodorant cette fois-ci. Au moins, le temps passa plus vite qu’à attendre bêtement l’heure fatidique du départ.

Une fois prêt, il avisa sa montre et constata qu’il était tout juste 19h. Le stress l’assaillit de nouveau. Il ne voulait surtout pas être en retard ! Il jura de plus belle et se précipita dans sa voiture pour se rendre au pub. Heureusement, il n’en avait que pour dix minutes de route.

Il se gara sur le parking, juste devant l’entrée du Bureau de Sainte-Geneviève-des-Bois. Il prit une grande inspiration pour se calmer et sortit de sa voiture, les jambes légèrement flageolantes et le cœur battant.

D’une main tremblante, il poussa la porte du pub.

— Je suis là, dit une voix derrière lui.

Martin se retourna brusquement et tint la porte à Jessica, dont il n’arrivait pas à détacher le regard. Elle passa devant lui en le remerciant de lui avoir tenu la porte, alors qu’il était toujours figé, comme s’il était victime d’un coup de foudre. Jessica était vraiment splendide et encore plus intimidante. Il fit de son mieux pour ne pas fixer son décolleté et éviter de s’attarder sur les courbes de ses jambes, car son jean slim était ultra sexy. Une bouffée de chaleur l’envahit et il sentit ses joues devenir brûlantes. À tous les coups, il était encore rouge comme une tomate ! Et pour ne rien arranger, son entrejambe se mit à durcir de façon intempestive…

— Hey ! Ça va ? s’inquiéta Jessica.

Martin cligna des yeux et sembla reprendre ses esprits.

— Heu, oui…, désolé, s’excusa-t-il. Viens, j’ai réservé une table.

Elle acquiesça et prit le temps de noter l’effort de Martin concernant son look. Sans ses lunettes, il paraissait un peu moins timide, mais la couleur écarlate de ses joues démentait cette impression. Ses cheveux n’étaient plus coiffés sur le côté, tel un premier de la classe, mais arboraient une coiffure en bataille étudiée. La chemise blanche qu’il portait était ouverte sur le col et les manches retroussées sur ses bras musclés.

Décidément, Charline a raison, il est plutôt bien foutu, nota Jessica en détaillant ses fesses moulées d’un pantalon noir.

Pourtant, ce n’était pas son genre d’homme. Il était bien trop timide. Elle le suivit à travers les tables et ils s’installèrent près de ce qui semblait être une piste de danse. La musique était entraînante, mais permettait aisément de discuter. L’ambiance était chaleureuse, ce qui détendit un peu Jessica.

Tout en s’asseyant, Martin vérifia l’endroit où son ami Lisandro avait l’habitude de se trouver. Ce soir, il n’y avait aucune raison pour qu’il soit présent, mais cela l’angoissait quand même un peu. Il pourrait très bien ficher son rendez-vous en l’air. Bien qu’il soit conscient que Jessica n’était pas du tout intéressée, il voulait quand même tenter sa chance. Si Jessica rencontrait Lisandro, par contre, ce dernier lui en mettrait plein la vue et elle partirait certainement avec lui…

Martin n’était pas jaloux de Lisandro, quoique… peut-être un peu…

Il reporta son attention sur Jessica avec un visage anxieux ; tant par la perspective de passer enfin une soirée avec sa collègue que par l’éventualité de croiser son ami.

— Qu’est-ce que tu veux boire ? lui demanda-t-il enfin en esquissant un sourire charmé et intimidé.

Jessica ne se rendit pas compte de la façon dont son collègue la dévorait des yeux et parcourut la carte d’un bref regard.

— Un Pepsi sera parfait.

— Tu vas me laisser boire tout seul ? essaya de plaisanter Martin.

Jessica lui lança un regard perçant.

— Je n’ai pas l’intention de finir saoule pour que tu profites de la situation. Je connais les hommes. Vous êtes tous pareils…

Le visage de Martin se décomposa.

— C’est très vexant… Je parlais juste d’une bière… Je sais que je ne t’intéresse pas…

Jessica se mordit la lèvre inférieure, encore une fois confuse par ses conclusions hâtives.

— Désolée…

Le serveur arriva pour prendre leur commande. Martin demanda une Leffe Ruby, ce qui fit hésiter Jessica. Après un instant de réflexion, elle prit la même chose. Elle pouvait au moins faire ça pour lui.

— Satisfait ? dit-elle lorsque le serveur repartit vers le bar.

Martin esquissa un sourire rayonnant.

— Tu vas voir, elle est délicieuse.

Leurs boissons arrivèrent quelques minutes plus tard. Jessica but une gorgée et acquiesça.

— C’est vrai qu’elle est bonne cette bière.

Martin sourit de plus belle, sans trop savoir quoi ajouter, mais il devait meubler ce silence presque gênant entre eux. Et il doutait fort que la bière puisse être un bon sujet de conversation pour draguer Jessica. Il l’observa un moment avant de se décider à parler.

— Est-ce que… tu veux danser ? proposa Martin, les yeux baissés sur son verre en se préparant à un refus.

Il détailla longuement les gouttes de condensation qui descendaient sur le pied du verre.

— Je n’aime pas danser…, avoua Jessica, gênée.

— Ne t’en fais pas, il y a toujours ce pas universel que tout le monde sait faire, la taquina Martin en relevant les yeux vers elle.

— Ce n’est vraiment pas drôle !

— Écoute, je sais que tu ne m’apprécies pas, mais tu pourrais au moins me laisser une chance et faire semblant pour ce soir, supplia Martin d’une voix mal assurée.

Jessica le fixa sans ajouter un mot, mais elle hocha faiblement la tête. Elle pouvait bien lui accorder ça.

— On va d’abord dîner. On avisera pour le reste, d’accord ? ajouta Martin.

Jessica lui adressa un nouveau mouvement de tête.

— Alors, raconte-moi pourquoi tu n’aimes pas danser, commença Martin avec hésitation.

Jessica pinça les lèvres et reposa lentement son demi sur la table. Elle observa la salle d’un air absent.

— On est vraiment obligés de parler de ça ? se lamenta-t-elle. Je n’ai pas l’intention de te faire des confidences.

Le visage de Martin se décomposa encore une fois et il sentit que la soirée allait être longue et pénible si elle continuait à se comporter comme ça. À quoi il s’attendait de toute façon ?

— D’accord…, continua-t-il. Tu n’as qu’à me poser des questions alors…

Elle lui jeta un regard acéré qui dura quelques secondes puis son visage se radoucit, comme si elle se résignait.

— J’ai souvent été en boîte avec mes copines lorsque j’avais la vingtaine, commença-t-elle. Et je me ridiculisais à chaque fois. À l’époque, j’étais beaucoup plus grosse… J’étais un peu le souffre-douleur de la bande. Elles se moquaient toujours de moi, mais je m’en suis aperçue bien plus tard…

— Je suis sûre que tu exagères, dit-il en la dévorant du regard. Tu es magnifique Jessica.

Les joues de Martin virèrent au rouge, alors que son sourire restait figé sur son visage. Encore une fois, son attirance pour sa collègue le faisait passer pour un imbécile et il s’en voulait de paraître si empoté devant elle.

— Je n’exagère pas, Martin… Et arrête de me regarder comme ça, continua-t-elle en se tortillant sur sa chaise, mal à l’aise.

Elle resserra les pans de sa veste pour dissimuler sa poitrine.

— Désolé, balbutia Martin en s’enfonçant dans son siège et en rougissant de plus belle.

Son cœur martelait sa poitrine et sa respiration s’accéléra. Il ne savait pas comment se comporter face à cette femme qui le rendait complètement dingue. Son parfum était beaucoup trop enivrant et, malgré sa timidité et le fait qu’elle ait été très claire sur ses intentions, il était sur le point de commettre une énorme erreur.

Il examina la main de Jessica posée près de son verre, pesant le pour et le contre. Il avait tellement envie de la toucher que tout son corps était en sueur. Mais il avait toujours été incapable de prendre les devants face à une femme...

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Jessica qui trouvait le comportement de Martin vraiment bizarre.

Martin releva les yeux vers son visage, se sentant de plus en plus mal.

— Rien…

— Hey, mec ! Tu ne m’avais pas dit que tu avais un rencard.

Martin se figea et ressentit une peur viscérale en reconnaissant la voix de Lisandro. Il devint livide, fixa Jessica d’un regard douloureux et se tourna vers son ami.

Toujours habillé d’une chemise retroussée sur ses manches et d’un jean délavé, son ami avait ce charisme naturel que Martin lui enviait tant. Les cheveux noirs coiffés en arrière, Lisandro observa Jessica avec insistance de ses yeux sombres.

— Lisandro ? Mais… qu’est-ce que tu fais là ? demanda Martin d’une voix fébrile.

— Voici donc le fameux Lisandro, enchaîna Jessica qui le jaugea de la tête aux pieds.

— Et vous êtes ? répliqua Lisandro en lui adressant son plus beau sourire.

Martin se sentit encore plus mal, mais il ne savait pas quoi faire.

— Jessica, répondit sa collègue en lui rendant son sourire.

Sans gêne, Lisandro lui attrapa les doigts pour lui faire un baisemain.

— Martin m’a beaucoup parlé de toi. Il m’avait dit que tu étais magnifique, mais la réalité surpasse de loin ses paroles.

Jessica vit Martin se recroqueviller sur lui-même du coin de l’œil, mais ressentit un certain plaisir à entendre ces paroles. Néanmoins, elle n’avait aucune confiance en ce Lisandro qui était beaucoup trop entreprenant à son goût.

— Tu parles de moi ? s’indigna-t-elle à l’attention de Martin, avant de retirer brusquement sa main de celle de Lisandro et de lui adresser un regard suspicieux.

— Écoute, je connais les types dans ton genre qui baisent à tour de bras sans se rappeler du nom de leur dernière conquête. Alors, inutile de te fatiguer à faire semblant avec moi.

Lisandro marqua un temps d’arrêt, complètement pris au dépourvu. Puis il observa Martin avant de revenir sur le visage de Jessica. Cette dernière savait exactement comment fonctionnaient les hommes comme Lisandro. Elle avait l’habitude des relations sans attache et elle aimait beaucoup rabaisser ceux qui se croyaient irrésistibles.

— Je vois, lâcha Lisandro en étudiant Jessica.

Il y eut quelques secondes de silence, puis :

— Bien joué, mec, enchaîna Lisandro. Tu as chopé un dragon !

Martin ne répondit pas à son ami et se leva, la mort dans l’âme, car il savait qu’il n’avait aucune chance contre Lisandro.

— Je vous laisse, annonça-t-il en attrapant sa veste.

— Quoi ? s’étonna Jessica qui reporta immédiatement son attention sur lui. Pourquoi ?

Martin se contenta de la dévisager un instant, puis jeta un dernier coup d’œil à Lisandro qui semblait aussi à l’aise que d’habitude.

— Pour rien…, lâcha Martin, dépité, en s’enfuyant lâchement.

Jessica en resta bouche bée. Martin venait de l’abandonner alors qu’elle avait accepté ce rendez-vous pour se faire pardonner ? Si ça se trouvait, il avait tout prévu pour la laisser avec son ami...

La contrariété de Jessica augmenta, tandis que Lisandro tirait une chaise pour se placer à côté d’elle, sans gêne et sans cesser de la dévorer du regard. Il se rapprocha un peu plus et posa un bras sur le dossier de sa chaise. Certes, il était plutôt mignon et avait un certain sex-appeal mais, ce soir, elle n’avait pas envie de ramener un homme chez elle. En plus, il avait vraiment l’air lourd comme type…

— Pourquoi s’est-il enfui comme ça ? s’enquit-elle en se redressant pour que son dos soit le plus loin possible du bras posé sur le dossier de sa chaise.

Elle attendit que Lisandro lui donne quelques explications, mais il haussa simplement les épaules d’un air faussement innocent.

— Je n’en sais strictement rien…

Pourtant, Jessica sentit qu’il lui cachait quelque chose.

— Martin m’a beaucoup parlé de toi, tu sais ? attaqua de nouveau Lisandro. Je te trouve époustouflante.

Jessica ne resta pas insensible à ce compliment et le dévisagea plus attentivement.

— Il m’a également parlé de toi, lâcha-t-elle d’une voix froide étudiée.

— C’est vrai ? se réjouit Lisandro. En bien, j’espère.

Il lui fit un clin d’œil charmeur qui la laissa de marbre.

— Pas vraiment…

Jessica regarda le bras posé sur le dossier de sa chaise puis reporta son attention sur l’entrée du pub où elle vit Martin disparaître. Sans réfléchir, elle se leva d’un bond pour courir à sa suite. Elle voulait savoir ce qu'il lui prenait. Jessica avait une fâcheuse tendance à être beaucoup trop curieuse.

Une fois dehors, elle scruta le parking et l’aperçut à quelques mètres devant.

— Martin ! cria-t-elle.

Elle s’élança à sa poursuite en resserrant les pans de sa veste. Le froid l’étreignit soudain. Elle vit Martin entrer dans une voiture et sortir de la place. Jessica se précipita vers la petite citadine.

— Martin ! hurla-t-elle en courant.

Elle arriva enfin à sa hauteur et toqua frénétiquement à la fenêtre.

— Ouvre !

Martin leva les yeux vers elle, surpris. Il mit du temps à réagir, mais finit par baisser sa vitre.

— Qu’est-ce qui te prend ? demanda Jessica, à bout de souffle. Tu ne vas quand même pas me laisser avec cet abruti ?

Il la dévisagea sans rien dire, car il ne savait pas comment lui expliquer ce qu’il ressentait.

— Tu ne restes pas avec Lisandro ? lâcha-t-il simplement.

Jessica se figea, ouvrit la bouche puis la referma. Ses bras se croisèrent sur sa poitrine et son regard devint meurtrier.

— C’était ça ton plan ? Me faire accepter un rendez-vous pour me présenter à ton pote lourdingue ?

Martin se sentit mal devant son incompréhension. Il baissa les yeux pour fixer ses mains posées sur le volant.

— Je comprends…, continua Jessica en ressentant toujours cette culpabilité qui ne la quittait plus. Ce que je t’ai fait était vraiment méchant…

Martin hocha simplement la tête. Il n’arrivait pas à en dire davantage. Sa gorge était tellement nouée qu’aucun autre mot ne voulait sortir de sa bouche. Jessica soupira, mais attendit quand même qu’il lui réponde. Elle tapa néanmoins du pied. Elle n’arrivait pas à contrôler sa colère, même si c’était de bonne guerre après tout.

— J’ai cru…, commença Martin. Je…

— Quoi ?! assena Jessica.

Sa voix claqua comme un fouet et Martin releva les yeux vers elle d’un air coupable.

— De toute façon, je n’ai aucune chance contre Lisandro, lâcha Martin sans réussir à retenir ses paroles.

La honte et la tristesse lui comprimèrent le ventre. Son cœur se serra douloureusement, mais il réussit à garder la face et à tout dissimuler derrière une expression agacée.

— Pourquoi tu dis ça ? continua Jessica sans comprendre.

Martin ferma les yeux et se laissa aller contre le dossier de son siège. Il se pinça l’arête du nez.

— Pour rien…

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